Dormir la fenêtre ouverte

21 mai 2012

Eté 2006 Ile Grande 009

 

A tenir la fenêtre ouverte, il fallait s'y attendre. Voici les chiens dans la campagne.

C'est le sujet de  Nocturne, le texte du jour

 En un clic sur le titre, on y retrouvera peut-être ses propres nuits. 

 

Je propose de prendre le temps d'un petit détour pour une importante rencontre avec  la voix de Georges Shéhadé.                                      

http://youtu.be/oYlwchylvJ4


 



Poèmes de l'éphéméride 

Les sept derniers textes. Sous le titre, le poème ou les chansons...

 

 

dimanche     L’espoir d’un récit

samedi         Vos yeux sur cette page 

 vendredi       Canopée

 jeudi             Valse au poisson rouge

mercredi        Carillon

mardi             Une seconde à peine 

lundi              Chansons...

 

 

 


 Tous textes et chansons déposés à la SACEM. Musiques et chansons, boeuf sur le net, contacter l'auteur.

 Merci, à bientôt.  JPR


Une semaine déjà avec la  ronde de poètes qui tourne en ce moment même sur 

les Bordures du champ secret.

L'entendez-vous?  Pour découvrir les textes et les auteurs, cliquer  ci-dessus. 

 "Histoire d'amour à jamais". C'est le thème. Chacun le chante à sa façon. Mais tous ne chantent pas. 

 


 

 

 


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12 mai 2012

Nocturne


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La nuit, aux fermes, les chiens du plus proche au plus lointain

mâchent leur morceau d'obscurité

Ils donnent sa profondeur au sommeil des inquiets

Aveugle, l'un de ces enragés  a remonté les chemins en hurlant aux orages,

à chaque orage, pendant des mois

Sur la fin, dur d'oreille, il gueulait par principe et pour faire son travail

Nous étions dans la montagne, il était notre seul gardien

Qui l'avait placé là ?

Il tenait à distance les hommes de passage

Cessez de gémir en remontant les couvertures

Souffrez qu'ils cherchent un abri auprès des autres hommes

J'ignore leur nom, j'ignore aussi le nom de mon voisin

La mort a plus de discipline, elle est remplie de gens connus

La nuit, les chiens, redevenus sauvages, cassent des os et grognent vers le monde

En tous sens

C'est l'heure où l'on se retourne pour chasser des pensées

Et tâter dans le lit pour savoir si la place est occupée.

 

 

© JPR 21 mai 2012

 

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11 mai 2012

L’espoir d’un récit


 

 Eté 2006 Ile Grande 009

 

 

J’ai quitté la nuit en fermant les yeux

Le rêve poursuivi m’indiquait la frontière

Nul besoin de flambeau

J’étais mon propre guide

Toute ma vie j’attendais que ma vie commence

Quand enfin je me laissai guider d’instinct

Ce pays m’offrait, tranquille.

Du temps, des espaces et le silence

Rien qui s’oppose à la pensée

Que la pensée elle-même

Ici, il faut avoir son sac tout près

Puiser une idée de loin en loin

S’examiner l’examinant

Alors, se dire poète, c’est beaucoup trop

Mais attacher quelque symbole personnel

Au circaète, à la buse, au milan

C’est s’assurer à suivre leur vol

Du retour d’un songe précis

Solitaire indifférence de l’oiseau

Rudesse du paysage

Les ailes emportent une vapeur de songe

J’y dépose l’espoir d’un récit

Des bribes d’existence s’y rassemblent

Mais l’oiseau poursuit son ascension

Sous son regard, le point fixe d’un monde.

 

© JPR mai  2012. L'espoir d'un récit a été publié en janvier 2012 par la revue Champ Secret. 

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Vos yeux sur cette page

  

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A Andrée, lectrice discrète et slameuse affirmée

"Tu es revenue, Andrée, lire par dessus mon épaule quand je croyais les portes closes. Je ne sais de toi que cette lecture et le goût des mots, quand ils crient pour de bon".  

 

Ah, nuit constante et froide

Rien ne se discerne au dehors

Qu'une lampe entre deux maisons vides

Le regard vers l'été retrouve l'intérieur

Je parcours mes ténèbres en un monologue

A quel carrefour fallait-il bifurquer

A quelle station changer de ligne

Je longe une série de blocs

Où nous avons respiré

Enfance, jeunesse, déjà l'âge d'homme

Plus loin, plus loin, toujours le même

Voici l'étage et je me souviens

Ah, nuit constante et propice

Donnez-moi un guide

Vos yeux sur cette page

 

© JPR mai 2012

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10 mai 2012

Valse au poisson rouge


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Ou bien tu restes dès ce matin

Ou bien tu pars si tu reviens

Tu auras choisi mais choisis bien

J'peux pas devenir ton quai de gare

J'peux pas t'attendre dans les placards

De tes envies, tes soucis, tes petites nuits

Tes chagrins sous la pluie

 

J'veux pas devenir au carnaval

Ton ramasseur de confettis

Je veux pas tenir ton carnet de bal

Toucher ton corps en graffiti

Faire le poireau tous les samedis

Prendre racine et m'effeuiller

Dans les jardins de l'ennui

 

Tu vois cette valse tourne à l'envers

Quand j'aurais soldé nos affaires

Racheté mon temps à tes enchères

Il faudra bien que je te quitte

Il faut savoir à qui profite

Le tour de valse dans un bocal

Ton poisson rouge tient la corde

Pour finir au canal

 

Tu ferais mieux de t'en aller

Il n'y a plus rien à glaner

Un peu de soi dans un meublé

Nous deux c'est un fonds de musée

Dans une ville de province

Un cabinet de curiosités

Fermé même le dimanche

Et pour l'éternité.

 

© JPR 17 mai 2012



 

 


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09 mai 2012

Devant la poste

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Devant la poste, il y a une boîte

Un couvercle en plastique

Avec des pièces dedans

J'en entends sur cette boîte

depuis toujours

T'approche pas de la boîte

C'est d'un voleur d'enfant

Ne donne rien

Regarde-moi ces fainéants

Pas un sou

Il faut d'abord changer le monde

 

Au-dessus de la boîte,

Il y a des godasses

Avec des pieds dedans

Et des chevilles aux couleurs louches

Je veux dire qu'elles ont eu froid

Et mal, assez souvent

A propos de la boîte

Les dames de la messe et puis

tous ces messieurs donnent

De temps en temps une petite pièce

Et un gilet, ou quelque chose,

Qui ne sert plus

 

Au dessus des chevilles, il y a une barbe

Avec un homme dedans

Une barbe qui se marre et qui rit dans sa barbe

Seulement voilà

J'entends depuis longtemps

Avec cette misère, plus tu donnes

plus ils viennent

C'est comme les chats errants

Et puis comment savoir qui vraiment

fait semblant

 

Dans l'escalier de la poste

La boîte, les godasses, les chevilles

La barbe qui rigole, avec un homme dedans

Il faudrait que ça circule

Que ça s'en aille dans les terres

Où ça veut, en enfer

Mais pas sur le front de mer

Autant en emportent les bleus

Comme dit l'arrêté de Monsieur le Maire

 

Parfois je parle avec l'homme à la barbe

dont j'ignore le nom

Il faudra que je lui demande, c'est ça qui est urgent

son nom

Il raconte des galères, l'air de rien

J'ai sa voix, là, et toi aussi tu l'as

Une voix de cigarette, une voix de rouquin

qui demande du pain

Une voix qui se lève dans le froid

Je ne connais pas ton âge, tu ne connais pas le mien

Toi et moi on a toujours entendu cette voix là

 

Bien sûr, une petite pièce, un gilet, quelque chose

Quand je le vois assis, à attendre sous la pluie

ou plein de fièvre parfois

Je nous vois tous assis, à attendre

Comme dans cette histoire, bête comme six

Sûrs de la catastrophe

Sans saisir le manche de la cognée

Qu'est-ce-qu'on attend ?

 

 

© JPR G. 13 mai 2012

 

 

 

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08 mai 2012

J'irai à Rumelihisar

TALAT

 

J'irai à Rumelihisar, Orhan Veli, pour te voir

Sur le Bosphore où tu reposes

Sur ta tombe que j'imagine simple

Mais dont je dessine les ornements en pensée,

je déposerai ce poème

en souvenir du pêcheur sicilien

que je suis devenu, en fredonnant un vers de toi

Chaque matin, à cinq heures précisément

je pense à Istanbul, je pense à toi

J'écris en vers libre ce que me chante l'arbre

 

Dans ses feuilles l'arbre et les rires des femmes

et les rivières cachées dans le val

et l'oiseau de proie entonnent le silence

Ce qui est, ce qui n'est pas

L'écho du vide sous les voûtes de ponts

des rires mais personne sur la route

peut-être à la maison d'en face où vivait un poète

 

J'irai à Rumelihisar, Orhan Veli

Nous délivrerons ensemble la flamme du raki

Près de toi, moi aussi, je mourrai sans rien dire à personne

De retour à Paris, je porterai ce murmure

venu de tes poèmes

 

Voici ma main qui tremble, voici mon regard en dehors du regard

Voici mon souffle coupé, voici les courbes, les corps

En chaque chose le simple

Mais dont je dessine les ornements en pensée

Voici un vers d'Orhan Veli

 

« Tel est exactement mon boulot

Chaque matin je peins le ciel

pendant que vous dormez 

 

© JPR G. le 10 mai 2012           

 

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07 mai 2012

Carillon


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Un oiseau développe sa pensée

Sur l'appui de fenêtre

 

L'ultime note du carillon est un ré

Peut-on rester suspendu à cette note,

parcourir l'espace, le globe

voir depuis Mars notre planète

et revenir à l'oiseau,

parce que résonne le carillon ?

J'aperçois les branches du cerisier

Le marché à l'Olive

La rue du roseau

Un peu de la Tamise

 

Immobile, emporté par la fièvre

Plus agile par l'esprit malgré le corps défait

Solitaire dans la chambre

Entouré d'amis, j'appelle à cet instant

mes frères

Donne-moi la main, ma Douce

Vivons ensemble cette seconde

J'emporte une image,

Seul à la connaître et qu'aussitôt j'oublie

J'emporte une caresse et le goût de tes lèvres

 

« Je t'aime », que tu prononces,

ouvre nos espaces et nos nuits

J'emporte ta douceur

et que j'aimais ce monde

 

Un oiseau développe sa pensée

Sur l'appui de la fenêtre

S'envole, et je le suis

 

 

 

© JPR G. 16 mai 2012

 

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La foire aux chevaux

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Les chevaux de la foire attachés sur le rang s'agitent

Le pré ou le couteau, leurs yeux cherchent vers le ciel, une fuite

Le voyage en camion et le bois sur la pente qui glisse

Je suis tombé sur le pré au claquement d'un éclair sous la grêle

 

Les maquignons s'enfuient dans le vent leurs chapeaux s'envolent

Ils jettent leurs bâtons font craquer le comptoir des bistros

 Plus personne sur la place que les chevaux qui restent à vendre

Tous les chiens et les hommes ont gagné ensemble un abri

 

 Les chevaux de l'orage au dessus de la foire

Galopent à la charge

Tous les coups de tonnerre tombent sous leurs sabots

C'est la foire aux chevaux

 

 Oh, mon cheval de bois tu ne galopes pas, je suis

Parmi tous les copains en mille-neuf-cent soixante, un enfant

Dans la rue Vaugirard, j'vois passer les chevaux, souvent

 En troupes de quatre à quinze auprès des écoliers, je vois

 

 Je vois les étincelles partout sur le pavé, je vois

La rue de Vaugirard le mur des abattoirs, je vois

J'entends tous les chevaux, et l'idée des chevaux, là-bas

Ecoutez les crier ils préviennent les autres, je crois

 

C'est un gars de la Grande qui me l'a dit un jeudi, tu sais

 Je lui ai donné deux billes contre ce secret là, tu vois

 Mais j'entends à jamais les cris derrière le mur, les cris

 Et la rue de l'école c'est la rue des chevaux, tu vois

 

 Les chevaux de l'orage au dessus de la foire

Galopent à la charge

Tous les coups de tonnerre tombent sous leurs sabots

C'est la foire aux chevaux

 

 Aujourd'hui c'est dimanche, je venais à la foire, je crois

Pour voir tous les chevaux partir au petit trot, c'est beau

Mais voilà rien ne va affolés sur le rang, là-bas

Ils roulent des yeux blancs arrachent leur licol et s'enfuient

 

 Les chevaux de l'orage au dessus de la foire

Galopent à la charge

Tous les coups de tonnerre tombent sous leurs sabots

C'est la foire aux chevaux

Et l'enfance mon enfance

Et les cris des chevaux

 

 © JPR G 2012   


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Babel qui danse

 

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La fuite des mots

leur présence désormais

Sur la page, les murs, les mains

Les mots lancés à pleine vitesse

Au fracas des journaux

Le froid, la faim, le désir

le flot du peuple

Les mots dans la rage lancés

Sur le port

Parmi les grues pointeuses d'horizons

Sur le sang des carcasses d'autos

Hémorragiques laissant sous le regard

La cadence des vies

Je pense au trait de filet

frétillant sur le pont

Les mots en lames aperçus

Tant d'éclats, tant d'espoirs

Tant de souffles avides

Eteints peu à peu, asphyxiés

La fuite des mots dans la cale

et les yeux vers le ciel

Ils se fanent et grisaillent

Malades du voyage

Mais il faudrait s'y lancer

jusqu'à la taille

Puiser parmi les mots

le sens qui s'éteint

Réchauffer l'enfant des mots

Je vois dans les eaux claires

le poisson d'Hemingway

A jamais voyageur

A jamais voyageur et langage

Cessez de retenir les mots

avec des cris de chiourme

Les mots qui se mélangent

Font un lit de couleurs

Où s'aiment mieux les hommes

J'entends une rumeur

des chants et des lueurs

Ce soir par les collines

Quelque chose viendra

Ou Babel qui danse

Ou la nuit des flambeaux

                                                   © JPR G. 11 mai 2012

 

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